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04/05/2021  |  Aménagements ludiques et sportifs

Les micro-plastiques : le défi des acteurs du gazon synthétique

Alors que la législation européenne pourrait évoluer vers une interdiction des microplastiques ajoutés, la filière des terrains de sport synthétiques se mobilise. Un enjeu important pour les fabricants de sols sportifs, mais aussi pour les gestionnaires d’équipements de sports et loisirs.

Depuis 2020, en France comme ailleurs en Europe ou aux Etats-Unis, les terrains de sport en gazon synthétique n'ont cessé de se développer, répondant à une demande exponentielle (un terrain synthétique peut accueillir une fréquentation 4 fois plus importante qu'un terrain naturel à l'échelle d'une semaine). On estime ainsi à 4 000 leur nombre dans l'Hexagone pour un parc total de 150 000 équipements.

Il y a trois ans, les acteurs de ces terrains de sport synthétiques se trouvaient au cœur d'un débat médiatique portant sur la potentielle dangerosité sanitaire des granulés présents de micro-plastiques (polymères inférieurs ou égaux à 5mm) utilisés sur ces surfaces. Saisie, l'Agence de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement, et du travail (ANSES) en démontrait finalement l'innocuité en termes de santé, mais concluait néanmoins à un risque environnemental. Et c'est sur ce point que la filière est de nouveau challengée, poussée par une probable évolution de la législation européenne à venir d'ici la fin de l’année ou au plus tard l’an prochain.  

Une interdiction des micro-plastiques demandée par l'ECHA

Le comité d’évaluation des risques de l’ECHA (agence européenne des produits chimiques) recommande en effet d’interdire les microplastiques ajoutés intentionnellement - dont les granulats de pneus utilisés pour le remplissage des gazons synthétiques font partie « pour apporter de la souplesse et une qualité de jeu similaire à une aire naturelle ».

Cette mesure, si elle était confirmée, serait applicable dans une période transitoire de 6 ans. « Ce qui veut dire qu'au moment où serait annoncée la décision, l'effet sur le marché et les commandes serait quasi immédiat. » précise Gilles Thillaye, directeur général Eurofield et engagé au sein de l'UNION sport & cycle sur le sujet. La problématique ici n'est par ailleurs pas liée directement à l'utilisation de ces fameuses billes sur le terrain mais à leur parcours et conséquences quand elles s'en échappent avec un impact polluant sur les espaces verts à proximité, les parcs, les points d'eau...

Une filière mobilisée pour travailler au confinement de ces matériaux de remplissage

Deux départements de l'ECHA se sont saisis du dossier pour mesurer d'un côté le risque sur l'environnement (RAC – Risque assessment Comity) et pour aborder de l'autre un aspect plus sociétal (SEAC – Social Economic Assessment Comity). « C'est une très bonne chose de prendre en compte les deux problématiques qui sont forcément enchevêtrées car oui, il faut trouver des solutions. Mais qu'adviendra-t-il si l'on interdit tous les terrains en gazon synthétique ? » s'inquiète Gilles Thillaye.

Mobilisée et active, la filière veut apporter elle aussi des solutions et le syndicat européen ESTC, European Synthetic Turf Concil, s'est engagé non pas à supprimer ces micro-plastiques, mais à assurer le confinement de ces matériaux de remplissage. Une démarche soutenue par l'UNION sport & cycle. Dix mesures ont été formulées dans ce sens portant sur la conception, l'entretien et la construction du terrain. L'ESTC s'est tourné également vers l'organisme indépendant ECO-Loop pour mesurer précisément les pertes. « Nous avons fait de véritables propositions et c'est sincèrement très constructif. »

Une filière de recyclage en cours

Alors que des dispositifs utilisés de manière individuelle par les sociétés du secteur existent déjà, la mise en place d'une filière de recyclage des tapis de gazon synthétique est également au cœur de pistes sérieuses de réflexion. L'UNION sport & cycle préconise aussi la création d'un fonds dédié pour la durabilité́ écologique des terrains. Il permettrait de financer de travaux de rénovation de confinement, de terrains aux tapis de sol recyclables ainsi que le développement des remplissages biodégradables alternatifs quand l’utilisation du terrain le permet (climat, fréquence d’utilisation). Autant de pistes d'amélioration et de travail pertinentes aux yeux des entreprises du secteur qui jouent le jeu pour apporter des solutions concrètes. Ces dernières espèrent que ce travail collaboratif permettra de trouver un compromis convenable pour toutes les parties en lieu et place d'une législation catégorique rigide.

Mais Gilles Thillaye s'inquiète d'actions nationales parallèles qui pourraient venir cannibaliser le travail mené à l'échelle européenne. A l'instar de cette iniative de la sénatrice Martine Filleul qui réclame une interdiction pure et simple des micro-plastiques sur les terrains de sport. « Une démarche sans concertation aucune avec la filière et qui ne prend pas en compte toutes les actions que nous sommes en train de mener. »

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